Les armes secrètes. Sujet favori des auteurs de romans d'espionnage dans lequel un James Bond ou un Coplan finit toujours par découvrir le destructeur de particules ou bien le laser meurtrier. Et tout compte fait, avec Northrop, nous ne sommes pas trop éloignés de la fiction, sauf que dans ce cas précis ce n'est pas un super espion qui découvre l'arme secrète mais tout bonnement un comptable, anonyme parmi les anonymes. C'est d'ailleurs le seul point divergent entre la fiction et la réalité. Ainsi, Northrop aurait pu continuer à travailler longtemps en cachette sur le missile TSSAM (Tri Services Stand Off Missile) dont les caractéristiques lui permettent d'échapper à tous les radars ennemis en raison de sa structure "stealth" et de ses matériaux composites. Arme dévastatrice, invisible, frappant l'ennemi là où il ne s'y attend pas, sans écho radar et sans bruit, tranchant définitivement avec les Tomahawk. En clair tous les avantages du F117 sans les inconvénients, ni le prix. Mais voilà, aucun secret ne peut échapper aux yeux des sacro-saints comptables qui épluchent aussi bien les notes de frais que les comptes de l'entreprise. Et il est vrai que dissimuler un programme de développement de 15 milliards de dollars dans le bilan n'est pas tâche facile. En fait, impossible, puisque Northrop, sommé de s'expliquer sur ses résultats, a été obligé de révéler que le programme TSSAM, développé dans son usine de Hawthorne, est en dépassement de 201 millions de dollars, expliquant sa faible marge qui s'ajoute aux 400 autres millions depuis le lancement du programme.
Il a été lancé par le Pentagone en 1986 pour donner au bombardier "invisible" F117 une arme absolue, encore plus invisible que l'avion lui-même. Le principe est terriblement séduisant pour les militaires, puisque le TSSAM conjugué au F117 ou à un sous-marin représente une force de frappe fulgurante, inattendue et indétectable, dont l'impact psychologique est pire que son explosion au sol. Selon les rares informations qui circulent sur le TSSAM, le rayon d'action de ce missile de croisière est d'environ 250 kilomètres. Northrop travaille sur deux versions, une pour l'US Navy au prix de 5 millions de dollars pièce et une pour l'US Air Force au prix plus économique de 2 millions. Après la période de développement et d'essais à White Sands, le TSSAM entrera en ligne de production en 1997 pour équiper la Marine et l'aviation américaines. Même si Northrop perd de l'argent avec le développement (la compagnie a signé un accord s'engageant à couvrir tout dépassement du budget de 15 milliards de dollars accordés par le Pentagone en 1991), la compagnie est certaine d'amortir largement ses pertes bien avant 2000, raison pour laquelle elle accepte de couvrir les dépassements.
LE BLACK MANTA
Le "Black Manta" en revanche est une véritable surprise puisque pour la première fois des spécialistes civils ont réussi à filmer cet avion top secret qui semble être le successeur du F-117, rendu public voici trois ans de cela. Exactement comme l'avion supersonique Aurora, le TR3A ne figure dans aucun document et le Pentagone nie son existence. Néanmoins, après plusieurs mois de traque, Steve Douglas a réussi à capter l'aéronef dans sa caméra juste à côté de sa base de White Sands pendant sept secondes. Selon la photo, le "Black Manta" est de forme triangulaire, avec un cockpit ovale placé au milieu, encadré par deux réacteurs noyés dans le fuselage, à la manière du F117, mais plus ramassé et plus compact.
Et selon tous les renseignements obtenus, il opère toujours en tandem avec des F-117. Son numéro d'immatriculation USAF est dans la série des 800 (exactement 806 pour ce modèle) contrairement au F-117 dont la série se situe toujours dans les 600. Définitivement avion de reconnaissance à très basse altitude, le "Black Manta" servirait bien à la désignation des cibles par rayon laser et aux missions de photographie. Si on lui ajoute dans quelques années le missile TSSAM, cet avion représentera alors l'arme invisible absolue, ne laissant ni trace, ni écho radar, puisque le "Manta" est encore plus "invisible" que le F-117.
En revanche, personne n'a trouvé de trace du "Black Manta" dans les comptes du Pentagone et tout le monde se demande comment les Américains ont-ils réussi à garder le secret absolu sur cet avion aussi longtemps.
Une certitude néanmoins, l'émergence de ces deux programmes secrets prouve une nouvelle fois que les États-Unis continuent à développer des armes sophistiquées pour garder l'avantage technologique.
PIERRE
JOVANOVIC