INTERVIEW AVEC MAURICE JARRE, UN IMMORTEL A HOLLYWOOD par Pierre Jovanovic
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quotidien de paris

[ Quelques articles écrits soit dans le Quotidien de Paris (80%), soit sur le système Missive de France Câbles et Radio, entre 1991 et 1996. Notez que le protocole de courrier électronique de l'époque n'acceptait pas les accents. Ils sont livrés ici tels quels, sans SR et sans accents, à titre de documents historiques, et aussi pour retrouver l'ambiance des années 90 ]



Date fichier : 2 FEVR 1994

MAURICE JARRE, UN IMMORTEL A HOLLYWOOD

Un jour apres Sophia Loren qui a attendu ce privilege pendant 30 ans, le compositeur lyonnais recoit aujourd'hui la supreme consecration que Hollywood accorde aux plus grandes stars: l'immortalite, symbolisee par une etoile et l'empreinte de ses mains dans le beton du "Hollywood Walk of Fame".

interview avec maurice jarre


DE NOTRE CORRESPONDANT AUX ETATS UNIS PIERRE JOVANOVIC

A chaque pays ses immortels. La France possede l'Academie Francaise, les Etats Unis le "Hollywood Walk of Fame", mondialement celebre pour ses etoiles bleues, qui garde jalousement dans le beton les mains de Marilyn Monroe, Humphrey Bogart, Gregory Peck, Kim Basinger et de tous les acteurs et producteurs dont la renommee a atteint les quatre coins du globe. Ce "Hollywood Walk of Fame" va s'enrichir aujourd'hui d'une nouvelle moulure, celles des mains du compositeur francais Maurice Jarre qui ont tenu la baquette d'innombrables super-productions allant du "Dr Jivago" pour la plus connue aux "Cercle des poetes diparus" et "Ghost", pour les plus recentes. Avant la ceremonie rituelle de "reception" a Hollywood qui fera officiellement de Jarre une star en "beton" (rejoignant Sophia Loren, intronisee le 1er fevrier!), le compositeur, couronne par 3 Oscars consecutifs, a recu le Quotidien a son domicile de Los Angeles, constelle de diplomes internationaux, d'instruments de musique, de statuettes (Cesar, Golden Globes, Golden Europa, British Academy Awards, Grammys, Midems, Oscars, etc...) et de poupees chinoises. A 69 ans, grace a ses yeux presque turquoise et a ses cheveux poivre et sel peignes en arriere, Maurice Jarre recele une etonnante jeunesse et ce n'est pas par hasard qu'il ressemble a l'idee que l'on se fait d'un chef d'orchestre a la von Karajan. Et la future star "Made in Lyon" a avoue au Quotidien que son passage au TNP de Jean Vilar lui etait bien plus precieux que ses Oscars ou l'Etoile Bleue...

LE QUOTIDIEN: Qu'est-ce qui vous a pousse a venir a Hollywood?

MAURICE JARRE: En 1964, Hollywood m'a reclame apres avoir obtenu mon premier Oscar pour la musique de "Lawrence d'Arabie" en 1962. J'ai travaille ensuite avec Fred Zinemann pour un film avec Gregory Peck ("Et vint le jour de la Vengeance" titre francais) et sur ces entrefaits, William Wyler qui avait fait "L'obsede" avec Terence Stamp et Samantha Eggar, m'a demande de venir a Los Angeles pour ecrire et enregistrer la musique de son film. Pendant ces deux mois, j'ai decouvert comment travaillaient les Americains et j'ai ete absolument sidere, fascine par leurs techniques. J'ai voulu m'y etablir. Columbia m'a signe un contrat pour deux autres films, ce qui m'a permis de rester six mois de plus. Par la suite, je m'y suis installe avec ma femme de l'epoque, Danny Saval.

Q: Quel effet d'etre une "star" sur le Fame?

M.J.: Les stars, c'est pour les magazines. Je ne suis pas un acteur, je suis comme un ecrivain. On n'est jamais des stars. J'ai eu simplement la chance formidable d'avoir pu travailler avec des personnages de grand talent comme David Lean, Peter Weir, John Huston et Schloendorf ("Le Tambour"). L'etoile est un mythe qui correspond a un certain nombre de choses que j'ai realisees dans ma vie; c'est le Nobel pour un scientifique ou le Goncourt pour un ecrvain. Mais cela ne va pas plus loin. Ce n'est pas pour autant que je me sens plus intelligent ou plus talentueux...

Q: Compositeur de musique de film est different d'un compositeur tout court?

M.J.: Un compositeur de films a une chance extraordinaire car si son film est un succes, sa musique est entendue par des millions de personnes. Un compositeur "classique" qui ecrit pour un orchestre symphonique sera joue peut-etre une fois ou cent fois. Mais il ne touchera jamais autant d'auditeurs comme j'ai eu la chance de le faire avec "Dr Jivago" ou encore "Ghost" pour lequel on m'a remis un disque de platine. C'est une difference importante.

Q: Combien de themes avez-vous composes depuis vos debuts?

M.J.: Environs 200 themes pour films et une centaine pour le theatre (dont 70 pour le TNP) et des ballets

Q: Si vous regardez en arriere, quel est l'element determinant dans votre jeunesse qui vous a permis d'atterrir sur le "Hall of Fame" d'Hollywood?

M.J.: Les douze annees au TNP avec Jean Vilar et Gerard Philippe. Les plus belles annees de ma vie. Je donnerais tous les Oscars du monde pour les revivre parce que c'etait une equipe formidable. Avec le cinema, vous vous sentez integre pendant le tournage. Mais quand le film est fini, tout se termine, plus d'ambiance ni de complicite. Au TNP, on vivait ensemble depuis les repetitons jusqu'aux rappels, en passant par les tournees qui nous ont emmene en Allemagne de l'Est, en Russie, etc., en 1952, vous imaginez! En meme temps, c'est avec le TNP que j'ai connu Gide, Malraux, Camus, Michaux, Artaud, Brecht en Allemagne et Varese et Cage aux Etats Unis. Cela fut pour moi une formidable ouverture intellectuelle sur le monde, une experience capitale, fantastique. Ce n'est pas une nostalgie, mais la personnalite de Vilar et sa vision du theatre populaire m'ont marque au fer rouge.

Q: Votre theme qui a eu le plus grand succes?

M.J.: La musique Docteur Jivago. Elle fut jouee au quatre coins du globe. Un jour avec ma femme, nous nous trouvions en Ethiopie et il y avait un petit orchestre de jazz ethiopien dans l'hotel qui l'interpretait. Le patron du restaurant, tres fier, nous a aussitot presente, ma femme et moi, aux chef de l'orchestre, en disant "C'est Dr Jivago". Et les musiciens ont dit a ma femme "Oh, Madame Jivago, merci, merci beaucoup, tres heureux"... Le theme de Laura a ete un succes mondial.

Q: Avec quels realisateurs avez-vous le plus collabore?

M.J.: Je crois que c'est avec Peter Weir puisque j'ai du realiser cinq films avec lui, "L'annee de tous les dangers", "Witness", "Mosquito Coast", "Le Cercle des Poetes Disparus" et le tout dernier "Fearless". J'ai aussi beaucoup travaille avec Richard Fleischer dans le "Cracking the Mirror" avec Orson Welles et Juliette Greco, ensuite avec John Frankenheimer ("Grand Prix", "Le Train") et Sir David Lean pour lequel j'ai compose quatre themes de films en 28 ans.

Q: Vos acteurs favoris?

M.J.: Peter O'Toole dans son interpretation de "Lawrence d'Arabie" et dans "La nuit des generaux" et surtout Gerard Philippe au TNP. Vous savez, au TNP j'avais tous les soirs devant la scene un orchestre de 25 a 30 musiciens et je le voyais essayant de perfectionner, d'ameliorer inlassablement son role chaque soir, ajoutant toujours une nouveaute, un detail. J'ai egalement un profond respect pour Sean Connery, principalement pour son interpretation de "L'homme qui voulait etre roi". Une fois de plus, a la base, ce sont tous des acteurs de theatre.

Q: Un realisateur pour lequel vous auriez vraiment aime composer?

M.J.: Oui, Fellini. Mais il avait son compositeur attitre, Nino Rota qui comprenait parfaitement son univers. Cela aurait ete tres difficile pour moi d'entrer dans son univers si particulier, comme d'ailleurs ceux d'Ingmar Bergman ou de Kurosawa qui sont des exceptions, des univers clos a l'oppose des Spielberg, Peter Weir ou Sir David Lean qui peuvent passer d'un monde a un autre sans problemes. Neanmoins, comme j'ai eu l'occasion de composer pour Schloendorf, Visconti, Hitchcock et John Huston, entre autres, cela ne m'a pas trop frustre parce que ce furent des experiences particulierement enrichissantes.

Q: Vous croyez a la Muse qui inspire le compositeur comme l'a illustre Woody Allen dans le film "Alice"?

M.J.: Au sens romantique du terme comme Lamartine, Chopin ou Liszt au bord du lac de Garde attendant l'inspiration? Non, l'inspiration ne me vient pas a 4 heures du matin ou je me reveille en disant "ah, une idee, vite que je sorte ca de mon cerveau". Stravinsky a ete le premier a dire que l'inspiration vient lorsque vous vous mettez devant votre bureau a 9 heures du matin et qu'a 11 heures vous avez enfin une idee.

Q: Comment travaillez vous?

M.J.: En general, le realisateur me donne le script a l'avance ce qui me permet deja d'avoir une idee des ambiances, des rythmes pour chaque scene. C'est un travail tellement precis et mathematique que vous etes oblige d'ecrire votre musique a la dixieme de seconde pres en raison des minutages. Et vous ne pouvez vous lancer que lorsque le film est termine. En general d'ailleurs, le producteur vous demande de composer le theme en trois jours, parce que le tournage a pris du retard. J'ai ecrit "Lawrence d'Arabie" en six semaines pour deux heures de musique! Ensuite, l'orchestre interprete le theme avec le film projete devant lui. Je dirige toujours mes partitions.

Q: Combien de mariages dans votre vie ?

M.J.: Trois divorces, dont deux tres couteux (rires). Lorsque j'ai rencontre ma femme actuelle qui est chinoise, je possedais en tout et pour tout 3 valises. Mon divorce d'avec Danny Saval a ete terrible. Je me suis retrouve a 58 ans avec seulement trois valises, sans maison, ni voiture! Croyez-moi, cela fait un drole d'effet. Mais lorsque vous recommencez a zero et que vous n'avez plus 18 ans, vous etes pousse par une sorte d'energie qui vous permet de rester physiquement et intellectuellement jeune et vous donne une autre philosophie de la vie. En fait, depuis mes divorces je n'ai plus aucun sens de la posession...

Q: Vous croyez au hasard?

M.J.: A la chance, oui. Arriver au bon moment constitue un facteur determinant, c'est pour cela que je suis assez superstitieux et avec l'aide de ma femme, je laisse les choses se faire d'elles-memes. Vous savez lorsque vous voyez la mort arriver droit sur vous, cela change votre perception des choses. En 1945, lorsque les Americains bombardaient la gare Perrache de Lyon, on voyait parfaitement le trajet du chapelet de bombes faire un ecart brusque et se diriger droit vers notre balcon ou je me trouvais avec ma mere et notre bonne. Nous avons juste eu le temps de nous couvrir la tete avant que toutes les vitres n'explosent. Et je me souviens de ma mere disant a la bonne "regardez cet imbecile (moi), il a encore ses pantoufles!" Parce que pour ma mere, on doit mourir la tete haute, avec ses souliers!!! Quoi que vous fassiez, votre nom est ecrit dans le "grand livre". Et je me dis que se bagarrer pour 3 francs de plus dans le contrat ou pour que votre nom soit plus gros a l'affiche n'a aucune importance. Si vous avez la chance d'aimer ce que vous faites, vous etes heureux. C'est mon cas en ce moment.

Pierre Jovanovic

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